Qu'est-ce que la peinture à la cire ?
La peinture à la cire est utilisée depuis l’Antiquité. Pline l’Ancien la mentionne dans son traité Histoire naturelle au Ier siècle de notre ère.
Cette technique est surtout connue grâce aux magnifiques et mystérieux portraits funéraires du Fayoum, découverts au XIXe siècle en Égypte.
Réalisés sur des planchettes de bois, souvent du vivant du défunt, ces portraits étaient fixés sur le visage des momies à l’aide de bandelettes de tissu.
La technique tomba ensuite progressivement dans l’oubli, même si certains artistes, parmi lesquels Léonard de Vinci, poursuivirent des recherches sur sa fabrication et son utilisation.
Elle réapparaît au XXe siècle grâce à plusieurs artistes contemporains, notamment Philippe Cognée, connu pour ses paysages aux contours flous réalisés à la cire chaude. J’ai eu le plaisir de découvrir ses œuvres les plus récentes en 2023 au Musée de l’Orangerie, où étaient présentées de remarquables peintures à l’encaustique marouflées sur panneau de bois.
La cire utilisée en peinture.
La cire employée en peinture est généralement de la cire d’abeille. Elle n’est pas utilisée à l’état brut et nécessite une préparation préalable.
Elle peut être utilisée :
- à chaud, dans le cadre de la peinture à l’encaustique ;
- à froid, dans le cadre de la peinture à la cire froide.
Les recettes sont proches. Dans les deux cas, la cire d’abeille fondue est mélangée à de la résine dammar, une résine naturelle provenant d’arbres d’Asie du Sud-Est. Cet adjuvant apporte au médium davantage de dureté, de résistance et de transparence.
Pour la cire froide, on ajoute également un solvant, comme l’essence de térébenthine issue d’arbres résineux, afin d’empêcher le mélange de durcir complètement.
Le médium à la cire est donc constitué essentiellement de produits naturels.
La peinture à la cire chaude (Encaustique)
Le médium obtenu par le mélange de cire d’abeille et de résine dammar est maintenu à température sur un réchaud électrique ; une plancha se révèle particulièrement pratique pour cet usage.
À l’aide de pinceaux en fibres naturelles (poils de chèvre, par exemple), on applique une ou deux couches de ce liquide gélatineux et transparent sur un panneau de bois. Le MDF convient parfaitement comme support. En refroidissant, le médium se solidifie.
Sur cette base, l’artiste peut ensuite déposer et travailler différentes couches de peinture à la cire chaude.
Les couleurs sont préparées séparément en incorporant des pigments dans de petits récipients métalliques contenant du médium chauffé.
C’est alors qu’intervient l’outil fondamental de cette technique : le décapeur thermique. Cet appareil permet de fusionner les différentes couches entre elles en maintenant le médium à l’état liquide. Il sert également à déplacer la matière, créer des effets de surface ou révéler des couches sous-jacentes.
Avant que le médium ne durcisse complètement, la peinture peut être travaillée avec des outils de modelage ou de gravure.
Un récipient de paraffine fondue permet de nettoyer facilement les pinceaux.
On devient rapidement passionné par cette technique qui offre des résultats souvent surprenants : des œuvres lumineuses, riches en matière, que l’on peut retravailler presque indéfiniment en réchauffant leur surface.
Son principal inconvénient réside dans les risques de brûlure et d’incendie. L’utilisation d’outils chauffants exige donc une grande rigueur et un entretien soigneux du matériel.
Pour approfondir la découverte de ce médium, je recommande vivement l’ouvrage Peindre à l’encaustique de Sophie Van Moffaert publié chez Eyrolles. L’artiste anime également des stages et ateliers dans la Drôme, à Romans-sur-Isère. Elle a créé une association dédiée à la promotion de l’encaustique : Couleurs Encaustique
La peinture à la cire froide
Le médium utilisé pour cette technique diffère de celui de l’encaustique sur deux points essentiels : il est froid et demeure souple.
C’est l’ajout de l’essence de térébenthine qui empêche le médium de durcir complètement. Il n’est donc plus nécessaire de le chauffer pour le travailler.
L’absence de matériel chauffant constitue un avantage important. En contrepartie, le rendu est généralement un peu moins lumineux que celui de l’encaustique.
Comme pour la cire chaude, il est recommandé de travailler sur un support rigide afin de permettre le grattage et l’altération des différentes couches.
Il existe dans le commerce des panneaux prêts à peindre, mais les grands formats sont souvent coûteux et difficiles à manipuler. Pour ma part, je préfère peindre sur papier pour huile, notamment le papier Arches. Je le fixe provisoirement sur un grand panneau de bois installé sur mon chevalet. L’idéal reste toutefois de disposer d’un vaste espace mural dans l’atelier.
Si l’œuvre aboutit, il est toujours possible de la maroufler ultérieurement sur un panneau de bois ou sur une toile montée sur châssis.
Contrairement à l’encaustique, qui utilise principalement des pigments pour colorer le médium, la peinture à la cire froide est généralement réalisée avec un mélange composé à parts égales de peinture à l’huile et de médium à la cire.
La présence de cire atténue les contraintes traditionnelles du « gras sur maigre » propres à la peinture à l’huile. Elle contribue également à accélérer le séchage.
La première couche est souvent très colorée. Les étapes de grattage permettent ensuite de la faire réapparaître par endroits.
Vient alors une succession de couches fines et translucides, de glacis qui se superposent, se répondent et parfois se mélangent pour créer des harmonies colorées complexes.
La création de textures occupe une place essentielle dans cette pratique : grattage, griffonnage, retrait de matière au solvant, coulures, ajouts de pastels ou de poudres, transferts de peinture, masquages ou collages interviennent à toutes les étapes du processus.
Les outils de base sont les spatules en silicone, les rouleaux et les couteaux à peindre, mais pratiquement tout objet capable de laisser une empreinte peut être utilisé : cartes plastifiées, peignes, pics à brochette, bambous ou objets de récupération.
Au-delà de deux ou trois couches travaillées « humide sur humide », il est préférable de laisser sécher l’œuvre pendant vingt-quatre heures afin d’éviter l’apparition de mélanges ternes, souvent appelés « boues ».
Par sa transparence, sa profondeur et la richesse de ses superpositions, la peinture à la cire froide crée une atmosphère douce, mystérieuse et poétique.
Lorsqu’on y a goûté, il devient difficile de revenir à d’autres médiums.
Bien que largement pratiquée dans les pays anglophones, cette technique reste encore peu connue en Europe. Pour découvrir cette approche, je recommande les cours en ligne de Marina TVB Art Studio, disponibles en français.